Flaura, comme Ghassane, a 16 ans. Flaura est belle, très belle. Blanche, presque évanescente.
Lorsqu'elle rêve, elle est princesse. Princesse des océans de sang, comtesse des hauts des hurlevents, marquise de Lugubrie ... Voilà ses titres de noblesse en Infâmie.
Au delà des rêves, Flaura est belle, très belle, trop belle. Enveloppée de soies de brumes blanches. Dès qu'on la voie, on veut l'approcher, la sentir, la caresser, l'embrasser.
A chaque fois, Flaura s'envole dans ses rêves et s'habille de noir, en dentelle et en velours … Voilà ses atours de princesse en Infâmie.
Au delà des rêves, Flaura est belle, très belle, trop belle, vraiment trop belle. Ses yeux sont le reflet flamboyant de la blanche tristesse de son âme. Dès qu'on la voit, on s'accroche, on se bat, on se noie pour un seul regard d'elle.
A chaque fois, Flaura retourne à ses songes, elle cueille les roses noires d'épines et les lys rouge sang du royaume d'Infâmie ; derrière les volutes noires, elle sent pourtant les pétales blanches des fleurs de printemps, comme autant de saveurs vénéneuses et dangereuses … pureté et élégance raffinées.
Au delà des rêves, Flaura est belle, très belle, trop belle, vraiment trop belle, toujours trop belle. Le toucher d'une peau transparente, une odeur de lait originel, un goût de la susurration charnelle ... Ils sont là, la portent, l'enlacent, l'embrassent … innocemment, discrètement … un tourbillon … troublant, puissant … l'oeil du cyclone … tout est à l'envers de tout … plus rien ne ressemble à rien … le royaume d'Infâmie disparaît. A la chaleur des sangs succède l'agonie glaçante, la goutte rouge qui s'enfonce dans la neige abrupte … elle puis elles ... glissent le long de pics de glace comme des gouttes de pluie et s'épanchent doucement, dans un fleuve qui grandit.
Au bord du grand fleuve de Lugubrie, Flaura rejoint le Royaume des taupes.
Profondeur du noir.
Noir.